En novembre, beaucoup d'entreprises cherchent des marchés publics qui n'existent pas. Le pipeline se vide, la veille semble moins efficace, et la conclusion tombe vite : « le secteur public ralentit ». Nous avons mesuré 233 633 avis de marché et 202 924 avis d'attribution publiés en Belgique entre 2021 et 2025. Le ralentissement n'existe pas. Ce qui existe, c'est un basculement : à partir de novembre, l'acheteur public n'ouvre presque plus de consultations — il attribue celles d'octobre.
1. Deux courbes, et elles sont inversées
Un marché public laisse deux traces publiques. L'avis de marché ouvre la consultation : c'est celui que tout le monde surveille. L'avis d'attribution la referme, en désignant le gagnant. On ne lit presque jamais le second — et c'est pourtant lui qui explique novembre.
| Mois | Avis de marché | Part de l'année | Attributions | Part de l'année |
|---|---|---|---|---|
| Janvier | 19 151 | 8,2 % | 22 128 | 10,9 % |
| Février | 15 866 | 6,8 % | 14 778 | 7,3 % |
| Mars | 18 745 | 8,0 % | 14 823 | 7,3 % |
| Avril | 19 948 | 8,5 % | 16 161 | 8,0 % |
| Mai | 20 810 | 8,9 % | 16 476 | 8,1 % |
| Juin | 21 268 | 9,1 % | 15 648 | 7,7 % |
| Juillet | 21 068 | 9,0 % | 16 894 | 8,3 % |
| Août | 14 287 | 6,1 % | 11 935 | 5,9 % |
| Septembre | 21 701 | 9,3 % | 15 281 | 7,5 % |
| Octobre | 25 098 | 10,7 % | 18 409 | 9,1 % |
| Novembre | 17 956 | 7,7 % | 17 128 | 8,4 % |
| Décembre | 17 735 | 7,6 % | 23 263 | 11,5 % |
Source : 233 633 avis de marché et 202 924 avis d'attribution belges publiés entre 2021 et 2025 (années civiles complètes), relevés dans notre base de publications.
−28 %
La chute du nombre d'avis de marché entre octobre et novembre : 7 142 avis de moins, en quatre semaines. Octobre publie 40 % de plus que novembre.
Le mouvement inverse est tout aussi net. Décembre est le mois le plus dense de l'année en attributions — 23 263 avis, 11,5 % du total annuel, devant janvier. Le même mois est l'un des deux plus faibles en avis de marché. Novembre et décembre ne sont donc pas des mois creux : ce sont des mois de décision.
2. Un décalage, pas un ralentissement
Entre la parution d'un avis de marché belge et la date limite de remise, il s'écoule 34 jours en médiane — un chiffre remarquablement stable de septembre à novembre. Un avis publié en octobre se remet donc en novembre ; un avis publié en décembre se remet en janvier.
C'est toute l'explication du creux. Novembre n'est pas le mois où l'on cherche des marchés : c'est le mois où l'on rédige les offres d'octobre. Si votre pipeline de nouvelles opportunités est vide en novembre, ce n'est pas votre veille qui a un problème — c'est le calendrier, et il est le même pour vos concurrents.
Décembre fait exception sur un point : les avis qui y paraissent laissent 41 jours pour répondre, contre 34 le reste de l'automne. L'acheteur sait que votre entreprise sera fermée une partie du mois. Un avis de décembre est donc moins urgent qu'il n'en a l'air — mais sa date limite tombe en janvier, dans la semaine où tout le monde redémarre en même temps.
3. Ce qui continue de publier pendant le creux
Une partie du marché public ignore complètement ce calendrier : les marchés sans publication obligatoire. Sous les seuils légaux, l'acheteur n'est pas tenu de publier un avis — il consulte qui il veut, souvent par courriel, et ces marchés n'apparaissent sur aucun portail officiel. Leur courbe ne ressemble pas à l'autre.
Avis de marché classiques
−28 %
d'octobre à novembre
Marchés sans publication obligatoire
+29 %
sur les mêmes quatre semaines
Novembre est leur troisième meilleur mois de l'année — 10,7 % de leur volume annuel, derrière juin et septembre, et nettement devant octobre (8,3 %). En volume : 3 788 marchés en novembre contre 2 930 en octobre. Décembre reste au-dessus de la moyenne, à 9,4 %.
Autrement dit, le mois où la concurrence relâche sa veille est précisément celui où ce gisement est le plus actif — et il est déjà, par construction, le moins disputé : seuls y répondent ceux qui savent que le marché existe. Comment fonctionnent les marchés sans publication obligatoire.
Mesure établie sur 35 314 marchés sans publication obligatoire captés en Belgique entre 2023 et 2025. La fenêtre est plus courte que celle du reste de l'article : cette source n'est collectée que depuis fin 2022.
4. Décembre : on n'achète plus, on apprend
Les 23 263 attributions de décembre ne sont pas un lot de consolation. C'est le meilleur mois de l'année pour comprendre son marché : un avis d'attribution dit trois choses que personne ne publie ailleurs — qui a gagné, à quel prix, et sur quels critères.
La plupart des entreprises ne les lisent pas. Elles lisent les avis qui coûtent du temps à traiter, et ignorent ceux qui expliquent pourquoi elles ont perdu. Trois questions à poser aux attributions de décembre :
- 1. Qui remporte les marchés que vous avez perdus cette année, et avec quel écart ? C'est la seule mesure honnête de votre compétitivité.
- 2. Quels acheteurs ont attribué à un nouveau prestataire ? Un acheteur qui change de titulaire est un acheteur réellement ouvert — l'inverse d'une reconduction de façade.
- 3. Quels contrats attribués il y a quatre ans arrivent à échéance ? Un marché pluriannuel attribué en décembre 2022 se remet en concurrence maintenant. C'est la question qui remplit un pipeline de janvier.
C'est le travail que couvre notre volet analyse concurrentielle, et il se fait en novembre et en décembre — pas en janvier, quand les avis recommencent à tomber.
5. Ce que novembre permet de faire
Novembre libère du temps de veille et le rend disponible pour du travail de fond. Cinq usages, par ordre de rendement :
- 1. Remettre les offres d'octobre dans de bonnes conditions. C'est la seule activité du mois qui rapporte directement, et elle bénéficie d'un mois entier sans nouvelle sollicitation.
- 2. Élargir sa veille au hors-publication. C'est le seul flux qui monte en novembre ; le surveiller pendant le creux coûte moins d'attention qu'en octobre.
- 3. Dépouiller les attributions de l'année. Qui gagne chez vos acheteurs, à quel prix, sur quels critères — l'exercice est impossible en pleine saison.
- 4. Vérifier les échéances administratives. Attestation ONSS, attestation fiscale, agréation : un relèvement de classe se compte en mois. Engagé en novembre, il est effectif pour la vague du printemps.
- 5. Repérer les contrats qui arrivent à terme. Les avis de décembre et de janvier sont largement des renouvellements : ils se préparent avant leur parution, pas après.
Comment ces chiffres sont mesurés
Tous les chiffres proviennent de notre base d'avis belges, sur les années civiles complètes 2021 à 2025 — avis de marché et avis d'attribution comptés séparément, par date de publication. Les délais de remise sont des médianes, jamais des moyennes : les avis rectificatifs, dont la date limite précède parfois la publication, faussent toute moyenne. Les marchés sans publication obligatoire sont mesurés à part, sur 2023-2025. Un même marché pouvant donner lieu à plusieurs avis — rectificatifs, lots, procédures en deux temps —, ces volumes sont supérieurs au nombre de marchés distincts.